Ven. 2 mars 1755. Écrire l'histoire de son pays et de son temps, c'est repasser dans son esprit avec beaucoup de réflexion tout ce qu'on a vu, manié, ou su d'original sans reproche, qui s'est passé sur le théâtre du monde. Ven. 24 septembre 1943. Les gens qui m'ont connu de près m'ont toujours tenu pour un homme qui ne ment jamais, et, de plus, dénué de toute imagination. Cela pour répondre aux réclamations de tiers intéressés. Dim. 1 avril 2002. Il faut une grande hardiesse pour oser être soi.
jeudi 30 juin 2011
mercredi 29 juin 2011
Maison de Balzac
Numéro 47 de la rue Raynouard dans
l’ancien village de Passy. C’était très paisible comme dans un village
effectivement.
Je m’étonne !
Je stoppe ma marche. Le 47 est la seule partie
dans la rue qui n’est pas dans l’alignement des autres immeubles. La maison de
Balzac est à flanc de coteau. Je la surplombe. Située à cinq, voire six ou sept
mètres en contrebas, la demeure paraît recluse à la marge des petits tumultes
de l’ancien village paisible de Passy. Quelques arbres ombrageux, un long
rectangle arrondi, une grosse pelouse au milieu, des petites allées pavées
dedans, un jardin en fleurs jouxtent cette maison dans un ensemble simple :
harmonie d’une éternité où l’on se sent bien. L’endroit, immédiatement agréable
et accueillant, surprend Paris.
Je reprends.
Je descends l’escalier de pierre qui
mène à un rez-de-jardin où s’offrent à vous une jolie petite entrée, une
verrière de fer et de verre. Là, sur le perron, on se sent enfin arriver, chez
soi. On entre à l’intérieur du temps. La présence d’objets intimes de
l’écrivain et aussi, peut-être, le fait d’appuyer mes pas sur ce sol travaillé
par des tours de bras bien au-delà de Balzac me procure une satisfaction de
proximité d’outre-temps je crois. Comme pour n’importe quel hôte, il y a
des règles à observer.
Ici, il faudra suivre les flèches. Suivons-les alors ! La visite
débute. Je suis reçu par les portraits de Mme Hanska. Je suis intimidé, comme
toujours lors de mes premières rencontres, surtout Mme Hanska voyez-vous. Une
femme qui a aimé et fut aimée. Aimer. Toujours aimer. Je m’interdis de ne pas
aimer. Alors je me perds dans des pensées amoureuses, mes lointains
effervescents, ventôse . Elles occupent
une grande partie de mon corps et de mon temps.
Je lis Balzac : « Vous ne savez donc pas qu’il n’y a rien de plus exigeant que le monde
de Paris. Qu’il vous veut tout entier, qu’il n’y a que la solitude pour un
homme qui travaille 16 heures par jour. Aussi, vis-je dans mon trou de Passy
comme un rat ». J’avance comme tout visiteur d’un pas public.
J’entre dans une autre pièce, presque
carrée celle-ci. On y trouve des objets ayant appartenu à l’écrivain. Encore ?
murmure un imbécile. C’est quand même censé avoir été sa maison ! A l’intérieur
du carré, il y a une bibliothèque, il y a ses livres. Des œuvres de
Jean-Jacques Rousseau y reposent à égalité sur une étagère. Mais davantage
mesuré, je remarque dans cette pièce, ce fauteuil aux accoudoirs usés et dont
la tapisserie toute entière semble avoir été élimée par son seul propriétaire à
force d’y avoir séjourné. Devant le fauteuil, la table de travail creusée en
son centre par Balzac en son temps. Elle semble avoir été fendue en deux,
ouverte, comme la Mer Rouge brisée pour Moïse afin qu’il libère les Enfants d’Israël. Sur cette
table, Balzac, entre ces deux bords, y conduit le peuple de la Comédie
Humaine. A
l’intersection de ces deux mers racées, de l’Histoire du monde, de la
littérature, ce coup de canif dans l’éternité, une néréide d’humilité vient
m’arracher à mon autosuffisance même de gratter la croûte terrestre. Bienfaitrice,
elle me fait oublier pour quelques minutes l’état amoureux dans lequel je me
trouvais et qui me rendais niais. Je suis planté devant cette table littéraire où
tout du moins, au bord de l’un de ses affluents. Je lis Balzac : « La mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer
…/… Nous avons à suivre l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des
êtres. Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur, ne doivent séparer l’effet
de la cause qui sont invisiblement l’un dans l’autre ». Je quitte le 47 de
la rue Raynouard, harmonie d’une éternité où l’on se sent bien, plus humble
mais presque aussi niais…
Victor Hugo
Livre I - Suite
Car le mot, qu'on le
sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant;
La plume, qui d'une aile allongeait l'envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d'où venu,
Face de l'invisible, aspect de l'inconnu;
Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l'ombre;
Montant et descendant dans notre tête sombre,
Trouvant toujours le sens comme l'eau le niveau;
Formule des lueurs flottantes du cerveau.
Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
Le mot veut, ne veut pas, accourt, fée ou bacchante,
S'offre, se donne ou fuit; devant Néron qui chante
Ou Charles-Neuf qui rime, il recule hagard;
Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
De quelque mot profond tout homme est le disciple;
Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
Moulé sur le cerveau, vif ou lent, grave ou bref,
Le creux du crâne humain lui donne son relief;
La vieille empreinte y reste auprès de la nouvelle;
Ce qu'un mot ne sait pas, un autre le révèle;
Les mots heurtent le front comme l'eau le récif;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
Les mots sont les passants mystérieux de l'âme
Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme;
Chacun d'eux du cerveau garde une région;
Pourquoi? c'est que le mot s'appelle Légion,
C'est que chacun, selon l'éclair qui le traverse,
Dans le labeur commun fait une oeuvre diverse;
C'est que de ce troupeau de signes et de sons
Qu'écrivant ou parlant, devant nous nous chassons,
Naissent les cris, les chants, les soupirs, les harangues;
C'est que, présent partout, nain caché sous les langues,
Le mot tient sous ses pieds le globe et l'asservit;
Et, de même que l'homme est l'animal où vit
L'âme, clarté d'en haut par le corps possédée,
C'est que Dieu fait du mot la bête de l'idée.
Le mot fait vibrer tout au fond de nos esprits.
Il remue, en disant: Béatrix, Lycoris,
Dante au Campo-Santo, Virgile au Pausilippe.
De l'océan pensée il est noir polype.
Quand un livre jaillit d'Eschyle ou de Manou,
Quand saint Jean à Patmos écrit sur son genou,
On voit, parmi leurs vers pleins d'hydres et de stryges
Des mots monstres ramper dans ces oeuvres prodiges.
O main de l'impalpable! ô pouvoir surprenant!
Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant
Sèche et meurt, pénétré par la force profonde;
Attache un mot vengeur au flanc de tout un monde,
Et le monde, entraînant pavois, glaive, échafaud,
Ses lois, ses moeurs, ses dieux, s'écroule sous le mot.
Cette toute-puissance immense sort des bouches.
La terre est sous les mots comme un champ sous les mouches
Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
A son haleine, l'âme et la lumière aidant,
L'obscure énormité lentement s'exfolie.
Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
Caton a dans les reins cette syllabe: NON.
Tous les grands obstinés, Brutus, Colomb, Zénon,
Ont ce mot flamboyant qui luit sous leur paupière:
Esperance ! - Il entr'ouvre une bouche de pierre
Dans l'enclos formidable où les morts ont leur lit,
Et voilà que don Juan pétrifié pâlit!
Il fait le marbre spectre, il fait l'homme statue.
Il frappe, il blesse, il marque, il ressuscite, il tue;
Nemrod dit: "Guerre!" alors, du Gange à l'Illissus,
Le fer luit, le sang coule. "Aimez-vous!" dit Jésus.
Et ce mot à jamais brille et se réverbère
Dans le vaste univers, sur tous, sur toi, Tibère,
Dans les cieux, sur les fleurs, sur l'homme rajeuni,
Comme le flamboiement d'amour de l'infini!
Quand, aux jours où la terre entr'ouvrait sa corolle,
Le premier homme dit la première parole,
Le mot né de sa lèvre, et que tout entendit,
Rencontra dans les cieux la lumière, et lui dit:
"Ma soeur!
Envole-toi! plane! sois éternelle!
Allume l'astre! emplis à jamais la prunelle!
Echauffe éthers, azurs, sphères, globes ardents;
Eclaire le dehors, j'éclaire le dedans.
Tu vas être une vie, et je vais être l'autre.
Sois la langue de feu, ma soeur, je suis l'apôtre.
Surgis, effare l'ombre, éblouis l'horizon,
Sois l'aube; je te vaux, car je suis la raison;
A toi les yeux, à moi les fronts. O ma soeur blonde,
Sous le réseau Clarté tu vas saisir le monde;
Avec tes rayons d'or, tu vas lier entre eux
Les terres, les soleils, les fleurs, les flots vitreux,
Les champs, les cieux; et moi, je vais lier les bouches;
Et sur l'homme, emporté par mille essors farouches,
Tisser, avec des fils d'harmonie et de jour,
Pour prendre tous les coeurs, l'immense toile Amour.
J'existais avant l'âme, Adam n'est pas mon père.
J'étais même avant toi; tu n'aurais pu, lumière,
Sortir sans moi du gouffre où tout rampe enchaîné;
Mon nom est Fiat Lux, et je suis ton aîné!"
Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s'en joue!
Quand l'erreur fait un nœud dans l'homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l'ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d'une trompette, il tremble sur un mur,
Et Balthazar chancelle, et Jéricho s'écoule.
Il s'incorpore au peuple, étant lui-même foule.
Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.
La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant;
La plume, qui d'une aile allongeait l'envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d'où venu,
Face de l'invisible, aspect de l'inconnu;
Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l'ombre;
Montant et descendant dans notre tête sombre,
Trouvant toujours le sens comme l'eau le niveau;
Formule des lueurs flottantes du cerveau.
Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
Le mot veut, ne veut pas, accourt, fée ou bacchante,
S'offre, se donne ou fuit; devant Néron qui chante
Ou Charles-Neuf qui rime, il recule hagard;
Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
De quelque mot profond tout homme est le disciple;
Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
Moulé sur le cerveau, vif ou lent, grave ou bref,
Le creux du crâne humain lui donne son relief;
La vieille empreinte y reste auprès de la nouvelle;
Ce qu'un mot ne sait pas, un autre le révèle;
Les mots heurtent le front comme l'eau le récif;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
Les mots sont les passants mystérieux de l'âme
Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme;
Chacun d'eux du cerveau garde une région;
Pourquoi? c'est que le mot s'appelle Légion,
C'est que chacun, selon l'éclair qui le traverse,
Dans le labeur commun fait une oeuvre diverse;
C'est que de ce troupeau de signes et de sons
Qu'écrivant ou parlant, devant nous nous chassons,
Naissent les cris, les chants, les soupirs, les harangues;
C'est que, présent partout, nain caché sous les langues,
Le mot tient sous ses pieds le globe et l'asservit;
Et, de même que l'homme est l'animal où vit
L'âme, clarté d'en haut par le corps possédée,
C'est que Dieu fait du mot la bête de l'idée.
Le mot fait vibrer tout au fond de nos esprits.
Il remue, en disant: Béatrix, Lycoris,
Dante au Campo-Santo, Virgile au Pausilippe.
De l'océan pensée il est noir polype.
Quand un livre jaillit d'Eschyle ou de Manou,
Quand saint Jean à Patmos écrit sur son genou,
On voit, parmi leurs vers pleins d'hydres et de stryges
Des mots monstres ramper dans ces oeuvres prodiges.
O main de l'impalpable! ô pouvoir surprenant!
Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant
Sèche et meurt, pénétré par la force profonde;
Attache un mot vengeur au flanc de tout un monde,
Et le monde, entraînant pavois, glaive, échafaud,
Ses lois, ses moeurs, ses dieux, s'écroule sous le mot.
Cette toute-puissance immense sort des bouches.
La terre est sous les mots comme un champ sous les mouches
Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
A son haleine, l'âme et la lumière aidant,
L'obscure énormité lentement s'exfolie.
Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
Caton a dans les reins cette syllabe: NON.
Tous les grands obstinés, Brutus, Colomb, Zénon,
Ont ce mot flamboyant qui luit sous leur paupière:
Esperance ! - Il entr'ouvre une bouche de pierre
Dans l'enclos formidable où les morts ont leur lit,
Et voilà que don Juan pétrifié pâlit!
Il fait le marbre spectre, il fait l'homme statue.
Il frappe, il blesse, il marque, il ressuscite, il tue;
Nemrod dit: "Guerre!" alors, du Gange à l'Illissus,
Le fer luit, le sang coule. "Aimez-vous!" dit Jésus.
Et ce mot à jamais brille et se réverbère
Dans le vaste univers, sur tous, sur toi, Tibère,
Dans les cieux, sur les fleurs, sur l'homme rajeuni,
Comme le flamboiement d'amour de l'infini!
Quand, aux jours où la terre entr'ouvrait sa corolle,
Le premier homme dit la première parole,
Le mot né de sa lèvre, et que tout entendit,
Rencontra dans les cieux la lumière, et lui dit:
"Ma soeur!
Envole-toi! plane! sois éternelle!
Allume l'astre! emplis à jamais la prunelle!
Echauffe éthers, azurs, sphères, globes ardents;
Eclaire le dehors, j'éclaire le dedans.
Tu vas être une vie, et je vais être l'autre.
Sois la langue de feu, ma soeur, je suis l'apôtre.
Surgis, effare l'ombre, éblouis l'horizon,
Sois l'aube; je te vaux, car je suis la raison;
A toi les yeux, à moi les fronts. O ma soeur blonde,
Sous le réseau Clarté tu vas saisir le monde;
Avec tes rayons d'or, tu vas lier entre eux
Les terres, les soleils, les fleurs, les flots vitreux,
Les champs, les cieux; et moi, je vais lier les bouches;
Et sur l'homme, emporté par mille essors farouches,
Tisser, avec des fils d'harmonie et de jour,
Pour prendre tous les coeurs, l'immense toile Amour.
J'existais avant l'âme, Adam n'est pas mon père.
J'étais même avant toi; tu n'aurais pu, lumière,
Sortir sans moi du gouffre où tout rampe enchaîné;
Mon nom est Fiat Lux, et je suis ton aîné!"
Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s'en joue!
Quand l'erreur fait un nœud dans l'homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l'ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d'une trompette, il tremble sur un mur,
Et Balthazar chancelle, et Jéricho s'écoule.
Il s'incorpore au peuple, étant lui-même foule.
Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.
lundi 6 juin 2011
Un fil à la patte (version remasterisée Comédie Française)
13h 45. Comédie Française. Salle Richelieu. Baignoire. Un fil à la patte de Georges Feydeau.
Mise en scène Jérôme Deschamps.
Avec : Dominique CONSTANZA l la Baronne I Claude MATHIEU
Marceline I Thierry HANCISSE le Général I Florence VIALA Lucette I Céline SAMIE
Nini I Jérôme POULY Jean I Guillaume GALLIENNE Chenneviette et Miss Betting I
Christian GONON Firmin I Serge BAGDASSARIAN Fontanet I Hervé PIERRE Bois d’Enghien
I Gilles DAVID Antonio I Christian HECQ Bouzin I Georgia SCALLIET Viviane I
Pierre NINEY Émile et l’Homme en retard I Jérémy LOPEZ le Concierge et le
Militaire et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Antoine Formica Musicien
1, Invité 1 et le Prêtre, Marion Lambert la Femme aux enfants et Musicienne,
Ariane Pawin la Mariée et Invitée 2, François Praud Musicien 2 et le Marié et
Sandrine Attard la Femme du couple et Servante, Agnès Aubé la Mère de la
Mariée, Musicienne et Invitée 3, Patrice Bertrand Lantery et le Père de la
Mariée, Arthur Deschamps le Fleuriste, Laquais 2 et Agent 2, Ludovic Le Lez
l’Homme ducouple, Laquais 1 et Agent 1, et les enfants (en alternance), avec la
participation de la Maîtrisedes Hauts-de-Seine Hadrien Berthonneau, Oscar
Cortijos, Chabane Jahrling Petit Napoléon, Suzanne Brunet, Coline Catroux,
Margaux Selle Petite Fée.
Comme à chaque fois que je me rends à la Comédie Française,
je m’installe dans un de ces fauteuils lourds et rouges, pas si confortable. Là,
et c’est presque instinctif, je souhaite très fort que la représentation soit
déjà terminée. Avec l’inquiétude maladive qui rend tarer un type sain en type
psychotique car sûr de louper son train à cause des bouchons du matin, je veux
connaître la durée de la pièce. Je passe le synopsis, la distribution, les
considérations convenues du metteur en scène, de la décoratrice et des
luminaires. Où est fiché dans ce satané programme ce qu’il y de plus important
pour moi à ce moment-là : la durée. Je dois avouer ici, que la plupart du
temps, davantage pressé, immédiatement en arrivant je demande à ma compagne d’aller
trouver elle-même la durée. Stupéfaite, elle me lance un œil torve et me dit laconiquement
mais avec force de conviction : «là où tu sais !» Aujourd’hui 2h30
avec entr’acte. Aïe ! C’est long. Au moins y a-t-il la perspective d’une
coupe de bière à la mi-temps. Ca compense à peine mon ennui d’être là. Je regarde
machinalement ma montre sans arrêt pour qu’enfin la pièce débute. Ce n’est pas
que j’ai hâte que la représentation démarre, mais plus vite ça commencera, plus
vite ça se terminera. Ça démarre toujours pile à l’heure à la Comédie Française.
Ils sont les meilleurs dans ce registre. Applaudissement du public.
Avec Feydeau c’est presque toujours la même
histoire. Texte et mécanique théâtrale sont le génie même de l’auteur dans le genre,
peut-on entendre dans les coulisses de tous les théâtres, où encore dans les
salles de cours des universités. Ainsi l’acteur Guillaume Gallienne de la
Comédie Française et qui joue en alternance dans Un fil à la patte (Chenneviette
et Miss Betting), nous dit que face aux personnages de Feydeau, nous sommes tous identiques, lui et vous, vous et moi, et que l’acteur, pas plus que le
spectateur n’a vraiment de prise sur les personnages. Il sera simplement
appelé, à cause de sa nature de comédien, à se laisser prendre dans la
mécanique explosive du théâtre de Feydeau. Bref, Feydeau : c’est
génial ! Pourtant cet après-midi je m’ennuie dur et d’emblée. Est-ce la pièce, la
bière qui n’arrivera pas de sitôt, les décors, qu’à cet instant je n’ai pas
encore découverts, les comédiens enturbannés, je présume, dans des costumes
d’époque ?
L’époque justement. Le théâtre de Feydeau aussi génial soit-il, n’est-il pas quand même, la critique acerbe d’un groupe social bien repéré dans un temps, un lieu ? Le temps où les bourgeois parisiens finissaient de s’apprivoiser en tant que tels (fils de putes !).
L’époque justement. Le théâtre de Feydeau aussi génial soit-il, n’est-il pas quand même, la critique acerbe d’un groupe social bien repéré dans un temps, un lieu ? Le temps où les bourgeois parisiens finissaient de s’apprivoiser en tant que tels (fils de putes !).
![]() |
| Georges Feydeau |
La Comédie Française ne fait jouer que les pièces
du répertoire, n’est-ce pas ? C’est là même sa fonction. Aussi cette
institution, en représentant des œuvres du passé, car, qui dit répertoire
théâtral, dit passé, histoire des idées et histoire tout court (ne soyons pas
trop exigeant, restons pédagogique), aurait pour mission de nous les faire
comprendre et de nous amener à en tirer des leçons, des idées, des réflexions
utiles à l’esprit de notre temps. Hors, et c’est là que je rencontre mon ennui ! Allons bon ! Au lieu de tirer ces œuvres phénoménales en leur temps vers nous, la Comédie Française
nous plonge dans l’anachronisme le plus triomphant, soumise à l’idéologie
régnante qui veut tout niveler, et voudrait nous faire croire par-dessus le
marché que nous ressemblons tous à cette « tribu » d’antan ou plus subtilement
que ces anciens sont pareils à nous. Chez
Feydeau, à l’instar du théâtre grec et de sa tragédie, la théorie d’Aristote sur la
catharsis, de manière flagrante, prend toute sa place en 1893
en ce qui concerne la communauté bourgeoise parisienne. Mais qu’est-ce que ce
théâtre peut-il, aujourd'hui, nous apporter de ce point de vue si Aristotélicien ?
A coup sûr, Le fil à la patte de Jérôme
Deschamps à la Comédie Française n’a pas cette prétention, cette dimension
intellectuelle, de nous dire ce qu'est un texte du répertoire, encore moins cette ambition et ce
devoir de culture pour chacun : l’éducation. Cette programmation s’apparente
plus à une vaste opération de racolage. On va nous dire qu’il en faut pour tous
les goûts dans une grande démocratie comme la nôtre. Cela justifie le drainage des
admirateurs des Clavier et autres Dani Boon, habitués des grands boulevards d’aujourd’hui
vers le Français. Car quand on voit Christian Hecq (Bouzin), dirigé par son metteur en scène, en faire des caisses, et des
grimaces, et des cascades à n’en plus finir, et des contorsions du corps en 3D,
et prendre la voix de débile de Boon, et que cette performance lui a, en plus, valu une récompense ? Merde ! En concentrant tout sur cet acteur et
son jeu spectaculaire, le metteur en scène décentre le système mécanique autour duquel
les dialogues et les actions s’ajustent au millimètre dans les pièces du grand
Georges aussi brillamment que les planètes autour du soleil dans le système
solaire. Bref, J. Deschamps est tombé dans le panneau : on ne s’affranchit
pas du travail d’écriture de Feydeau. Mais il ne faut surtout pas s’y tromper,
le public adore les ratés. Il applaudit avant même que le coup parte. Des
journalistes patentés, dont la solide formation
littéraire ne fait aucun doute (le CELSA réside à la Sorbonne après tout)
leur font dire que quiconque veut en faire des caisses chez Feydeau, il y est
chez lui. Ben voyons ! Nous attendons les pets la prochaine fois en plus
des doigts dans le nez, avec des vrais handicapés mentaux, Steevy, et Bernard
Tapie, pour qu’on se marre encore un peu plus. Au moins retrouverions-nous l’accent
naturaliste de cette fin du XIXème, associé à notre humanisme colonial tendance
d’aujourd’hui. La Comédie Française n’invente pas un public en puisant dans les
grandes œuvres littéraires qu’elle manipule, elle suit le goût du marché pour
les farines animales, et par là-même nous signifie qu’il n’y a aujourd’hui
aucune différence entre un Dani Boon et Georges Feydeau. Bien sûr des normaliens
pourront toujours ergoter en psalmodiant que ce dernier est un génie, pas
l’autre. Ça se saurait ! Et tout le monde pourra même tomber d’accord sur
ce point ; rue des écoles.
Dire que Feydeau est un brillant dramaturge est une
lapalissade qui ne sert à rien, juste à se gausser entre amis dans les dîner en
ville entre petits merdeux et pédants. Ainsi est l’air du temps, ainsi la
Comédie Française donne dans le pléonasme et la démagogie au lieu de donner de
la voie, ainsi je m’ennuie à devoir
chercher midi à quatorze heures.
samedi 28 mai 2011
jeudi 26 mai 2011
L'ubac et l'adret
La
mémoire est ce lieu magique où coexistent jadis et maintenant, l’absence et la
proximité, la cause et l’effet, les vivants et les morts. Par elle, les êtres
sans ubiquité, sans longévité que nous sommes tiennent ensemble tous les
moments, tous les lieux, s’élèvent, un instant, au-dessus d’eux-mêmes.
Pierre
Bergounioux
Nos
histoires sont mitées de part en part. Avec des mots que l’on pose par-dessus à
chaque pas, elles ressemblent à des ganses brodées montées avec des fils
fragiles et magiques aux extrémités. Et l’on tire, l’on tire inlassablement,
l’on tire sur ces fils au bord de nos mémoires trouées, sans relâchement aucun,
pour couvrir d’avantages dorés nos vies minuscules, grâce à une illusion toute
théâtrale, qui représente en nouvelle favorable le passé déguisé en roi soleil.
Les
histoires d’hier sont cantonnées au fond de notre mémoire dans une sorte de
camp retranché. Elles stationnent sur un vague terrain de notre psyché, un port
près d’une mère éternelle, à Ostie près de Rome. Quand je me risque à faire
coulisser les portes couleur charbon de bois de ces cargaisons qui datent, dans
le grenier, un verger, le Léthé, je vois défiler un chant d’Homère armé
jusqu’au rêve, une planche d’Alembert, les arbres fruitiers, des pruniers, des
poiriers, les grands bras rouges ou verts des cerisiers, une multitude de
mottes de terres obèses à leurs pieds, des touffes enchevêtrées, des chattes
vertes ou vertes, la queue dressée d’un chien dans les étoiles d’un jeune
rêveur qui court dans le pré comme un coq sait gueuler après tout, des dames
légères venues remplir leurs paniers en osier dans les premiers pommiers en
fleurs. Je vois surtout couler le cidre frais le long des drailles dans les
estives de ma mémoire. On trouve là des moutons tumultueux sans jarrets pris
dans la rosée du matin à cause d’un mur de cimetière juste à côté, des façons
d’avoir été taillées dans des costumes devenus trop étroits pour nos vieilles
épaules d’été ridées.
Ici,
je peux bien reparler sans souci, quitte à faire suer, de ma peine capitale
déterrée, dans le souvenir d’un voyage nocturne assassiné, à des lieux et des
lieux de l’écoumène.
C’est
une place à Paris. Un de ces endroits qui reçoit une foule de gens. La place
est au cœur du quartier, le quartier au cœur de la ville, la foule au cœur de
la place, et le cœur au cœur de l’homme. Les rides de la foule font onduler la
place remplie à cette heure-ci. L’ensoleillement, la douceur du fahrenheit
viennent caresser les corps dans la foule. C’est une caresse sensuelle. C’est
bon, bien trop bon.
A
la fin d’une ondulation, dans la caresse, au milieu de l’une de ces rides, il y
a un jeune homme et une jeune femme. La foule tranquille roule autour d’eux. Le
jeune homme et la jeune femme ont choisi de s’asseoir à une table de café comme
on dit. Le jeune homme aime la jeune femme qui ne peut pas parce qu’ils ne sont
pas du même côté. C’est
très simple.

Lui,
vient de Mars, soufflé par le désordre glacial d’Arès, levant les maux des
espèces transpercées, le silex et le mildiou, sur l’Ubac.
Elle,
habite Jupiter, bien au chaud chez sa mère folle des splendeurs en argent des
palais dorés de la belle cité impérieuse des marchands de Paris, avenue de la
République thésaurisée, sur l’Adret.
Le
bêta aime la jeune femme. la belle ne voit pas une seule seconde comment cela
est possible parce que très simplement ils ne sont pas du même versant :
logique ? Discuter là ? Nourrir le corps, nourrir le cœur : logique. S’arrêter
là : logique
Le
cœur au cœur de l’homme, dans cette foule au cœur de la place, sur cette place
au cœur du quartier, dans ce quartier au cœur de la ville il y a un pont. Je
l’ai appelé : le Pont des Troubles.
lundi 23 mai 2011
Charles Baudelaire
Les Yeux des pauvres (Petits poèmes en prose)
Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais
aujourd'hui. Il vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à
moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple
d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.
Nous avions passé ensemble une longue journée qui m'avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l'un et à l'autre, et que nos deux âmes désormais n'en feraient plus qu'une; - un rêve qui n'a rien d'original, après tout, si ce n'est que, rêvé par tous les hommes, il n'a été réalisé par aucun.
Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait. Le gaz lui-même y déployait toute l'ardeur d'un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînés par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l'obélisque bicolore des glaces panachées; toute l'histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.
Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d'une quarantaine d'années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d'une main un petit garçon et portant sur l'autre bras un petit être trop faible pour marcher. Il remplissait l'office de bonne et faisait prendre à ses enfants l'air du soir. Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l'âge.
Les yeux du père disaient: "Que c'est beau! que c'est beau! on dirait que tout l'or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs." - Les yeux du petit garçon: "Que c'est beau! que c'est beau! mais c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous." - Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu'une joie stupide et profonde.
Les chansonniers disent que le plaisir rend l'âme bonne et amollit le coeur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi. Non seulement j'étais attendri par cette famille d'yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif. Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dites: "Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères! Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d'ici?"
Tant il est difficile de s'entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable, même entre gens qui s'aiment!
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| Charles Baudelaire par Gustave Courbet |
Nous avions passé ensemble une longue journée qui m'avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l'un et à l'autre, et que nos deux âmes désormais n'en feraient plus qu'une; - un rêve qui n'a rien d'original, après tout, si ce n'est que, rêvé par tous les hommes, il n'a été réalisé par aucun.
Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait. Le gaz lui-même y déployait toute l'ardeur d'un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînés par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l'obélisque bicolore des glaces panachées; toute l'histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.
Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d'une quarantaine d'années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d'une main un petit garçon et portant sur l'autre bras un petit être trop faible pour marcher. Il remplissait l'office de bonne et faisait prendre à ses enfants l'air du soir. Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l'âge.
Les yeux du père disaient: "Que c'est beau! que c'est beau! on dirait que tout l'or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs." - Les yeux du petit garçon: "Que c'est beau! que c'est beau! mais c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous." - Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu'une joie stupide et profonde.
Les chansonniers disent que le plaisir rend l'âme bonne et amollit le coeur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi. Non seulement j'étais attendri par cette famille d'yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif. Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dites: "Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères! Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d'ici?"
Tant il est difficile de s'entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable, même entre gens qui s'aiment!
dimanche 22 mai 2011
La route de la trace (Clindor II)
C'était octobre ou novembre en automne. Les rayons du soleil peinaient à s'infiltrer tous dans
le charivari du Père-Lachaise. La nature garde ici l'avantage en dépit des saisons de toute façon. Elle épongeait tout sans distinction
de race, de sexe et de religion ; et de raison sociale ! Simplement des
visiteurs venaient au cimetière renifler comme des chiens la tombe d’un père
absent, d’antan, puissant. On venait là sentir les affres du passé et soutenir
des affaires présentes tombées en désuétude. C’est qu’aujourd’hui, on se meurt
aussi en surface. Dans le carré nord du cimetière, côté Gambetta, le gisant de
Victor Noir.
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| Au pays des merveilles (Eros et Thanatos) |
Des femmes mûres étaient montées dessus où elles allaient et
venaient machinalement, espérant une jouissance réussie.
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| "Le cadavre est à terre, l'idée est debout." V. Hugo. |
Il se faisait tard. L’heure courait après la nuit qu’elle allait bientôt rattraper. Le cimetière commençait à rejeter tous ces chercheurs d’idées incomplètes. Le Père-Lachaise veillait jalousement sur les siennes. En attendant Godot, On purge bébé. « Ouh, ouh, ouille, Clindor ! » Dit un clown. On reconnut son nom. C’était le fils de Pridamant Bardin. « Quoi qui s’offre à vos yeux n’en ayez point d’effroi » rappela le clown qui s’effaça aussi vite qu'une ombre de nuit laissant Clindor seul, devant une tombe ensevelie sous d'autres pierres en pièces. Clindor lut l’épitaphe : « J’écris pour la révolution. Ces fidèles de l’art pur pourront dire que c’est descendre. C’est descendre, oui, comme on descend dans la rue lorsque le peuple y est ».
vendredi 20 mai 2011
Le viol des pauvres
New york cour de justice par fandeseriesTV « À New York, dans le système judiciaire, tout accusé est présumé innocent tant que sa culpabilité n'a pas été établie par des aveux lors d'une procédure de plaider coupable, ou à l'issue d'un procès. Voici l'un de ces procès... »
The lonesome death of Hattie Carroll (Bob Dylan)
William Zanzinger killed poor Hattie
Carroll
With a cane that he twirled around
his diamond ring finger
At a Baltimore hotel society
gath'rin'
And the cops were called in and his
weapon took from him
As they rode him in custody down to
the station
And booked William Zanzinger for
first-degree murder
But you who philosophize disgrace
and criticize all fears
Take the rag away from your face
Now ain't the time for your tears.
William Zanzinger who at twenty-four
years
Owns a tobacco farm of six hundred
acres
With rich wealthy parents who
provide and protect him
And high office relations in the
politics of Maryland
Reacted to his deed with a shrug of
his shoulders
And swear words and sneering and his
tongue it was snarling
In a matter of minutes on bail was
out walking
But you who philosophize disgrace
and criticize all fears
Take the rag away from your face
Now ain't the time for your tears.
![]() |
| Flagellation d'une femme esclave. Surinam. 1770 |
Hattie Carroll was a maid in the
kitchen
She was fifty-one years old and gave
birth to ten children
Who carried the dishes and took out
the garbage
And never sat once at the head of
the table
And didn't even talk to the people
at the table
Who just cleaned up all the food
from the table
And emptied the ashtrays on a whole
other level
Got killed by a blow, lay slain by a
cane
That sailed through the air and came
down through the room
Doomed and determined to destroy all
the gentle
And she never done nothing to
William Zanzinger
And you who philosophize disgrace
and criticize all fears
Take the rag away from your face
Now ain't the time for your tears.
In the courtroom of honor, the judge
pounded his gavel
To show that all's equal and that
the courts are on the level
And that the strings in the books
ain't pulled and persuaded
And that even the nobles get
properly handled
Once that the cops have chased after
and caught 'em
And that ladder of law has no top
and no bottom
Stared at the person who killed for
no reason
Who just happened to be feelin' that
way witout warnin'
And he spoke through his cloak, most
deep and distinguished
And handed out strongly, for penalty
and repentance
William Zanzinger with a six-month
sentence
Oh, but you who philosophize disgrace
and criticize all fears
Bury the rag deep in your face
For now's the time for your tears.
lundi 16 mai 2011
dimanche 15 mai 2011
Templum
Lors de la fondation de Rome, Remus et Romulus se
disputèrent le choix du lieu de l’édification de la future cité, l’Aventin ou
le Palatin. Ils se départagèrent au moyen d’un rituel qui consiste à regarder
les oiseaux (Auspicium auspices). Cette technique divinatoire consiste à compter
le nombre d’oiseaux qui rentre dans un rectangle imaginaire (Templum) dessiné
dans le ciel. Sur le Palatin, Romulus vit douze vautours arriver par la gauche rentrer dans le
rectangle contre six pour Remus depuis l’Aventin. Romulus gagna
par la volonté de Jupiter qui lui envoya ces douze vautours.
"La scène, le tableau, le plan, le rectangle découpé, voilà la condition qui permet de penser le théâtre, la peinture, le cinéma, la littérature". Roland Barthes.
Fer à cheval a dit :
Charles-Albert Cingria nous dit,
dans La grande ourse (p
39) : « Il ne faut donc pas craindre d’imiter ni même de copier
textuellement, de photographier, de mouler, quand ce qui nous a devancé est du
bon travail fait comme sur votre ordre et pour vous. […] (le génie consiste à
bouger) un rien à quelque que chose de pas très bien placé qui devient parfait.
Celui qui bouge a un mérite essentiel ». Evidemment, dans les habitudes de
son auteur, ce texte est très long, j’en extrais l’idée centrale qui me semble
éclairante, mais allez-y donc voir, vous ne serez pas déçu… C'est en copiant qu'on devient copain !samedi 7 mai 2011
La route de la trace (Clindor - I)
En théâtre, une pièce de Corneille figure en assez bonne place dans le répertoire : L'illusion comique. Clindor y est le fils de Pridamant. Brouillé avec son père, il le quitte pour vivre une fable avant des retrouvailles heureuses. Ici, Clindor, notre Clindor est le fils de Pridamant, Pridamant Bardin. Notre Clindor part également. Il part, non pas, par mésentente ou colère, ni même par dépit ou incompréhension entre génération, mais par nécessité. Quitter sa famille afin d'en dissoudre les puissances artificielles. Aussi, devrait-il toujours en être ainsi, unique, contre vents et marées, héritage et propriété, angoisse et soumission. Partir et ne plus jamais revenir. Simplement se souvenir dans l'oubli qui rôde dans le lieu hanté de notre berceau. Clindor suivait sa route comme on a coutume de dire. Était-ce vraiment la sienne ? Sûrement le temps de la marche. Et encore, physiquement. L'araire creuse un mince sillon dans la terre. La charrue quant à elle, la découpe plus proche de nous ; et après ? La nature s'occupe d'effacer toutes les traces de nos semences laborieuses. Clindor n'avait pas d'outil. Il ne lui restait plus qu'à marcher. Ses pas soufflottaient la poussière en laissant derrière lui une ligne de métaphores. Il les avait repiquées dans l'oubli de ses récits qu'il croyait pourtant bien connaître pour les avoir retournés dans tous les sens. Il lisait ; pas trop mais assez. Un livre, plus grand que vous et moi, je veux parler d'un livre que vous et moi serions incapables d'écrire, à moins de le recopier, dépassait le reste de son passe-montagne. Julien Gracq
Tout
livre pousse sur d’autres livres, et peut-être que le génie n’est pas autre
chose qu’un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle
délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et
finalement restitue sous une forme inédite non pas le monde brut, mais plutôt l’énorme
matière littéraire qui préexiste à lui. (Préférences, Pourquoi la littérature respire mal, page 82) Julien
Gracq, Familiarité du livre, Paris, José Corti, 2002.
vendredi 6 mai 2011
samedi 30 avril 2011
Evénement : La Nuit des rois, d'après l'œuvre de William Shakespeare.
En Français, phonétiquement, "speare" côtoie pire. Shakespeare, secoué dans tous les sens. Tabernacle des artistes ou pauvre auteur en fait ? Car on se permet tout avec Shakespeare dès qu'il s'agit de le jouer d'une façon ou d'une autre. On passe là-dessus comme on s'allonge sur une pute. Aboutissement de tous les fantasmes où l'on se croit tout permis. Je suis prêt à parier que même Molière n'est pas malmené ainsi; Trop bourgeois pour assumer sa merde, n'est-ce pas ? On ne baise pas une bourgeoise comme on irait voir une pute. Sans demeurer sarcastique mais avec beaucoup d'optimisme quant à vos perceptions de la réalité, nous pourrions appeler ça de la pédagogie. On s'essaie sur Shakespeare avant Molière. Les époques sont différentes, les mœurs différentes, la lâcheté facile à dissimuler sur l'hôtel des anachronismes. Apprendre à tirer un coup, apprendre à mettre en scène, apprendre à devenir un grand acteur, jouir en se maltraitant, croire, bander sans fin sur toutes les scènes de la vie, ça se conquiert : faisons du Shakespeare ! Kompa, Kompa. Pédalé Kompa !
Allez ! Assez discuter.
Dans une mise en scène de Marie De Bâillonnons-nous-tout-court, la compagnie la Malle des Morts vous invite à deux présentations de la Nuit des rois (Pédalé Kompa) d'après le chef-d'œuvre de Victor Hugo, les 20 et 21 mai. Réservation obligatoire.
(La Nuit des rois, pédalé kompa)
Allez ! Assez discuter.
Dans une mise en scène de Marie De Bâillonnons-nous-tout-court, la compagnie la Malle des Morts vous invite à deux présentations de la Nuit des rois (Pédalé Kompa) d'après le chef-d'œuvre de Victor Hugo, les 20 et 21 mai. Réservation obligatoire.
dimanche 24 avril 2011
Le Maître et son chien (Caliban) 2
Je reprends : « A la Saint Mathilde on trouve le son du train qui depuis Austerlitz s'est mis au trot et à présent galope vers un lieu précieux, une région de l'intime.
A la Saint Mathilde, à peine les sons s'éploient que déjà ils prennent d'autres formes.
Ce sont les abeilles qui zinzinulent, c'est Woshou la guenon qui tient toujours à peu près le même langage. Ce sont aussi les dauphins et les baleines qui émettent les mêmes signes, une trentaine précisément.
A la Saint Mathilde, les sons ressemblent à des parfums de l'Antiquité, quand la Méditerranée était le bien commun des Romains qui préparaient déjà la ratatouille.
A la Saint Mathilde,
Mathilde, quand tu verras le mot maintenant écrit en lettre capitale d'imprimerie, tu rouleras les « r » comme la Patron te l'a appris, je crois.
MAINTENANT : « A cavale sur mon bidet, quand il trotte il fait des pets, prout, prout, prout, prout cadet ! ».
Et puis, à la fin de la journée du 14 mars, c'est-à-dire, à la Saint Mathilde, la seule fois dans l'année, comme un rituel nécessaire, on entend un son qui vient de son pays de cocagne, un roitelet de Mars majestueux, une voix lointaine qui se pose et lui murmure :
« S'il-te-plaît, dessine-moi un mouton »…
— En soi, c'était un don de la nature, cette M. Qui est-elle ?
— D'un point de vue poétique ou stylistique ?
— Eh bien les deux Chien les deux !
— Côté stylistique, une bourgeoiseffe, une fille sans histoire, début, milieu, fin, vie toute tracée. Née avec une cuillère en argent le matin, dorée à la poêle à frire de maman à midi, chienne comptant son intérêt le soir.
— Et côté désordre ?
— Une image avec une longue tige, des épines vénéneuses qu'on oublie vite fait tellement la fleur est aromatisée, ses pétales colorés de colorants pas du tout récalcitrants.
…« S'il-te-plaît… dessine-moi un mouton » répétait la petite marquise.
La Chienne (Jean Renoir)
Comme le vers revient le son, le murmure et le ton. Le thon, c'est le steak de la mer. Il ne s'est pas encore posé pour le rendez-vous avec la rime. Il descend tous les ans à la Saint Mathilde. Ce n'est pas comme un dieu mais plutôt une voix, ou si vous voulez, comme une lueur pour elle, quelque chose d'assez important, d'accord parmi bien d'autres choses ! Un vent au sens large la voix de ce bonhomme trop petit et trop grand à la fois sensible et blond, tout doux et très con. Il est sa question. C'est celui-là qu'elle veut vraiment. J'en suis sûr.
— Sûr ?
— Sûr !
Il l'accompagne du soir au matin, matin et soir, dès que le jour rentre dans la nuit et la nuit dans le jour. On l'aura compris, bien au-delà de la Saint Mathilde. Mais ici je donne une petite fête rituelle à l'occasion de cette petite histoire : On se réjouit de l'avant à l'arrière d'une farandole d'orgues de barbaries inspirés des boîtes crâniennes distraites qui fêtent Mathilde depuis des jalousies secrètes. Cette farandole de crâneurs, en fait, est encore loin des Lupercales. Quand Rome s'écrivait Rome. Ô ! Saint Mathilde, matée, icône rêvée, fantasme réprimé à travers le prisme de l'ère courante, un idéal des idéaux pour un tas de queues trop raides à cette heure pour butter juste dans son zénith à elle qui, dans les chambranles de l'avis mondain, prend le modelé des perspectives cavalières pour se soulever presque enfin.
A la Saint Mathilde, la petite, je la vois bien. Il ne faut pas faire semblant. Tous l'aiment tant, bien, mal…Ils tirent des plans.
« Vas par ici, non, plutôt par-là », chantent comme si de rien était ces boîtes à bla-bla, sourdant de la doxa qui joue sa rengaine des gens honnêtes.
La Mathilde n'en demande pas tant. Ce n'est pas ce qu'elle demande.
— Que demande-t-elle ?
— Crotte ! Le Maître !
— Une crotte ?
— Oh ! De m'aimer, tout bêtement de m'aimer ! De me pendre entre ses fesses avant que ma tête ensanglantée ne tombe au fond du panier de la stupeur.
— Hein !
— Son éducation le lui interdit : route barrée. On se serait cru dans des temps anciens. Nous étions les deux pieds dedans, enfin moi, enfin non, enfin elle, enfin bref ! La bourgeoiseffe de République ne pouvant s'accoupler avec le farfelu de l'autre côté du périph, fût-il un beau capitaine.
— Eh non !
— Eh non ! Vous dites comme elle le Maître : « nous ne sommes pas du même milieu ».
— Où étiez-vous donc ?
— In Uranus !
— Pardon !
— Saint-Denis, 93.
— Aie ! De l'autre côté du périphérique.
— (fesse de rat) L'autre monde.
— Ah oui, ce n'est pas vraiment le nombril !
— Mais nous avons aussi des milieux, à Saint-Denis !
— Ah ! Saint-Denis ! Une basilique : les Rois de France ? La banlieue rouge ?
— Oui oui, entre autres le Maître. Mais les rois n'ont plus de tête. Ça ne compte plus. Et les communistes, ils n'ont plus de prolos. Sans tête, sans conscience, on est fichu ! Mais quand même ! Si vous divisiez des rois, même sans tête par des rouges eunuques, on pourrait obtenir une bonne moyenne. Mais, ce qui baisse la note, le Maître, mais ça vous…
— Oui ?
— Le consensus vraisemblable.
— Expliquez ?
— « Vous savez, de ce que les grands disent, les petits bourgeois bavardent ».
— Hâtez-vous !
— Autour de la Basilique ça pullule de pas français : du bicot, ça t'agresse, du négro, ça t'avance à rien, du chinetoque, ça te dépèce. Tout ça, ça s'étale, c'est vrai ! Preuve : c'est une petite guenille qui m'l'a dit : Eux, y s'y connaissent sacrément en parasites. Ça te pique ta place sur le marché, ça tire vers le bas et en toute légalité. Et pis, y faut l'dire, c'est qu'ils sont tous éduqués avec nos droits universels, riches avec notre caf. Ils sont les champions de la profitation. On dit maintenant qu'ils comploteraient pour se hisser au niveau des Juifs sans passer par la Pologne.
— Ah oui ! Ce serait difficile à obtenir.
— Ils prennent le pain des pauvres petits français de la souche, à qui il ne reste plus grand-chose que le drapeau ! Alors si on leurs décolore ce putain de drapeau déjà fantomatique ?
— Oh là, oh là ! Attention. C'est complexe. Et pourquoi pas franchouillard tant que vous-y êtes.
— Vous me l'enlevez de l'esprit.
— Mais toi, Chien, qu'en penses-tu ?
— Qu'il faut changer de drapeau et d'école.
— Farfelu va !
— Le vrai n'est pas forcément farfelu. Les notations des riches, le tri des déchets : S.T.O.P. !
— Et le drapeau ?
— Y en a sûrement un plus beau : noir avec une tête de veau mort.
— En attendant ?
— Un ère de transition.
— Mais Que fabriquais-tu dans cet enfer ?
— Eh ! Ne connaissez-vous pas Dante, son copain vigilant, euh, Vigile ?
— Virgil ! Chien, Virgil.
— C'est quand on part d'en bas pour aller plus haut.
— Oui merci ! Et ?
— Je suis resté en bas.
— Vous n'êtes pas idiot à ce point ?
— Là n'est pas la question.
— Elle est où ?
— Dans le lieu-dit de l'enculage.
— Le cul ?
— Le cul !
— Mais on n'y voit goutte !
— Mal équipé, oui !
— C'est pour cette raison qu'il y a eu...
— Y a eu un grain dans le système Le Maître. Au mieux, une erreur d'aiguillage après la 3ème. Le Bosch, ça m'a pas réussi. Comptez qu'avec ça, j'avais pas la bosch des maths non plus. J'ai foutu l'camp. J'suis parti voir du pays, la vraie école le Maître. Les voyages, ça forme les métayers, c'est bien connu ! On dit ça !
— Ça promet ! Où ça ?
— Dans les colonies !
— Qu'est-ce que cette histoire encore !
— Par habitude, on y envoie le reliquat pourri de l'état civil.
— A savoir ?
— Sous l'ancien régime, des filles lysant l'anxiété des voleurs, de la noblesse et du négoce, augmentant la production de sucre des Indes françaises. Ça fit long feu. On préféra la traite. Équation plus adéquate. Autre temps, autre mœurs, même équation adéquate. Plus près de chez nous, des ouvriers, des paysans déchus continueront de s'appauvrir en Algérie. Ceux-là deviendront des fonctionnaires. Ça reste pauvre mais, c'est pas pareil. On travaille dans l'état. Ça relève immédiatement l'importance. Tous ces espoirs étaient sponsorisés par les colons aux gants jaunes, des légitimistes plus légitimistes que le légitimiste Orléans, des arrivistes néo-libidinaux, des carriéristes de l'armée d'Afrique. Pour toute cette bande de crapule, ça a marché, bardés de leurs fatras d'idées. Ça marche toujours pour ceux du haut.
— Mais vous disiez avoir quitté la métropole ?
— Oui et non.
— Oui ou non ?
— Plus les moyens. On reste petit à domicile aujourd'hui. Ça complique pour la mystification. Pour ce qui est du grand horizon… faut vraiment faire un effort.
— Mais c'est dans la nature de notre épiderme Chien. Le romantisme nous survit. Produire son effort original de civilisation : « Nous ne sommes pas venus en Afrique, pour en rapporter l'Afrique mais pour y apporter l'Europe » (V. Hugo).
— Vous péchez par uchronie le Maître : « En pays colonisé, c'est presque toujours le sentiment de l'injustice qui détermine l'éveil ou le réveil des nationalismes indigènes. »(A. Césaire).
— Et toi par anachronie Chien : « La barbarie est en Afrique […], mais que nos pouvoirs responsables ne l'oublient pas, nous ne devons l'y prendre, nous devons l'y détruire. Nous ne sommes pas venus pour l'y chercher, mais pour l'en chasser. […](V. Hugo).
— Sophiste ! : « …Permettez-moi de vous donner cet avertissement. Lorsque, sous couleur d'assimilation, vous aurez accumulé dans ces territoires, injustice sur injustice, lorsqu'il sera évident qu'à la place d'une véritable assimilation, vous entendez ne leur offrir qu'une caricature, une parodie d'assimilation, alors, vous susciterez dans ces pays une immense rancœur… » (A. Césaire).
— Mais triple buse : « Fondre deux races c'est rapprocher les siècles […], le siècle de la presse libre et de la pleine civilisation, d'autre part le siècle pastoral et patriarcal […] quel abîme à franchir. » (V. Hugo).
— Monsieur le Dr ès… Lettres : « C'est là le drame. Quand vous voulez nous assimilez, nous intégrer, vous nous rejetez, vous nous repoussez. Quand les populations coloniales veulent se libérer, vous les mitraillez ! ». (A. Césaire).
— Passons.
— Passons ? Bravo ! Au bout des canons de la civilisation : la Zone. Y' a qu'un bus à prendre avant 20h. Après faut attendre celui de 6h du matin. Quelle fin ! Et les Indigènes, c'est plus ça ! C'est du Canada dry.
— Chien, vous êtes sarcastique et un tantinet superficiel.
— Superficiel !!? Des clous ! Car enfin, vous n'êtes pas las de ce monde ancien. Il vous va comme un gant. Pourquoi voudriez-vous en changer ?
— Puisez dans le trésor.
— A sec.
— Votre don ?
— Du même acabit.
— La bourgeoiseffe du milieu avec son petit beurre qui s'empiffre de petits princes ?
— Qui dessine un mouton avec un Petit Prince à sa cheville, le Maître !
— Eh bien ?
— Eh bien, c'est une histoire de lutte, rien d'autre. Et le blaireau de service, votre élève en lui-même, ne faiblissait pas. La Pologne, lui, rien à foutre. Ce qu'il voulait, c'était se hisser sur les seins de la belle bourgeoiseffe de République. On lui avait appris au collège unique qu'il vivrait dans le XXIème siècle, et donc, qu'il aurait droit comme tout le monde, d'acquérir son bout de nichon, n'importe lequel, l'égalité des chances. Chevillé à sa cheville, le petit homme était attentif et immobile au pied de sa statue sculptée dans du roc tendre, une allure de va-t'en guerre factice, un sourire insolemment gai, une frange nécessaire à sa parole, selon l'heure et l'humeur des mœurs, trapèzes et dorsaux étoilés d'un million de grains de beauté domiciliés trop loin pour qu'il puisse les atteindre une nuit, galbe adéquat, rondeurs des seins soutenues dans un 90C (selon elle sur le pont d'Arcole entre deux bouchées affamées) où les plus grands chapiteaux du monde étendent leurs pistes aux étoiles, où les petits princes imaginent des scènes de manèges épiques, des lions qui s'élancent d'un coup à travers ses deux cerceaux ovales violacées qui rendent furieux ses dômes péléens, où les acrobates montent sur la pointe de ses seins et sautent physiquement par-dessus les cratères de ses aurores aréoles.
— Il ne la lâchait pas ?
— A la fin de la journée du 14 mars, c'est-à-dire, à la Saint Mathilde, on la vit aller ramasser son murmure : « S'il-te-plaît… dessine-moi un mouton ».
— On observe et on les voit mieux tous les deux.
— Elle lit tout haut. Elle est une jeune femme de son temps, pas une centauresse, ni une icône déformée, mais sans réel avantage, une table des matières.
Elle lit à tue-tête Mathilde sans fard, ni gloire, ni grandeur, sans palimpseste mythique, elle lit Mathilde sans heurts légers :
« Ô ! Reine des condescendances outrageuses, comme Penthésilée pour Achille aux pieds agiles, tu fus l'unique perspective cavalière de mes contes archaïques mises en scène quand le bateau se mit à voguer et que les sables sur le littoral s'envolèrent en fumée avant que l'ouragan ne commence... » FIN.
You're going to loose that girl (The Beatles)
Aujourd'hui, Monsieur, les gens à l'agonie m'ont planté là, avec ce livre ouvert posé à plat dans ma main. Dans son temps, le vulcanologue Alfred Lacroix perça à jour les nuées ardentes sous le dôme luxuriant des volcans péléens. Je vis d'ardentes frustrations macérer dans ce livre rempli de puissance. Et dire qu'il était à mon chevet depuis toutes ces années ! Il me bordait. Je le refermais. Il y avait un titre sur la couverture : Clindor, journal. C'était le livre du fils Bardin. Pridamant Bardin. Je parti avec.
— Et dedans Chien ?
— Après ! Maintenant, il faut raconter le rêve qui fit Clindor. Le livre commençait avec. Il dit à son père : « Père, j'ai vu onze étoiles et le soleil et la lune, je les ai vus se prosterner devant moi. Son père lui répondit : ne raconte pas ta vision à tes frères, ils trameraient une ruse contre toi. Tu apprendras l'interprétation des récits ».
— Alors ?
— Rien !
— Dedans ?
— Dedans c'était dehors.
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